Terminale L > Histoire > Colonisation et indépendance : la colonisation européenne et le système colonial

La colonisation européenne et le système colonial

Dès la seconde partie du 19e siècle, les grandes puissances étendent leur domination sur le reste du monde. L’Europe est persuadée d'apporter la civilisation aux races qu'elle estime « inférieures », mais la Première Guerre mondiale voit apparaître le début de la contestation du colonialisme.

I. Le temps des conquêtes

A. Les outils de la domination

En 1913, la population de l'Europe représente 26,3 % de la population mondiale. Très nombreux, les Européens se répandent dans le monde, exportent les valeurs de la civilisation européenne et développent l'économie mondiale en exploitant de nouveaux espaces.

L'Europe est le centre de cette économie mondiale :

  • En 1910, elle assure 58 % des exportations et 65 % des importations mondiales.
  • Elle achète des matières premières aux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine et revend des produits fabriqués, issus de l'industrie textile et métallurgique.
  • Elle exporte ses capitaux, et détient environ 60 % de l'or en circulation, ce qui en fait la banquière du monde.

L'impérialisme se développe :

  • Les grandes puissances entrent en compétition pour conquérir les nouveaux marchés en dehors de leur territoire et assurer leur domination économique, politique et culturelle.
  • L'obtention de nouveaux territoires devient un élément de puissance et de prestige pour les États européens, persuadés d'avoir une mission civilisatrice et humaniste envers le reste du monde.

Dates & chiffres à retenir :

  • En 1913, la population européenne est de 481 millions, soit 26,3 % de la population mondiale.
  • Entre 1800 et 1913, environ 40 millions d'Européens quittent et colonise le reste du monde.

B. La course aux colonies

  • La Grande-Bretagne prend la tête de la course aux colonies : en 1876, son empire colonial représente 22,6 millions de km² et 250 millions d'habitants.
  • La France est moins rapide. La conquête de l'Algérie se heurte aux réticences de l'opinion, et sans plan préconçu, la France s'installe en Afrique et en Indonésie. En 1870, son empire couvre 900 000 km².

Les années 1880 marquent l'accélération la course :

  • La Méditerranée devient un enjeu stratégique, notamment avec l'ouverture du Canal de Suez en 1869. La France établit son protectorat en Tunisie puis au Maroc, tandis que la Grande-Bretagne occupe l’Égypte, le Kenya et le Soudan.
  • Les puissances se partagent les zones d'influences d'Afrique noire déterminées lors de la conférence internationale de Berlin.
  • En Extrême-Orient, la France s'installe au Tonkin et instaure sa souveraineté sur l'Indochine, tandis que la Grande-Bretagne occupe la Birmanie.
  • Les puissances entrées tardivement dans cette course aux colonies, l'Italie et l'Allemagne, réclament aussi leur place au soleil.

Ces rivalités entraînent parfois des conflits entre les grandes puissances coloniales :

  • En 1898, à Fachoda, l'armée anglaise empêche les troupes françaises de rejoindre leur colonie de Somalie. La France recule et reconnaît finalement l'autorité britannique sur le bassin du Nil.
  • De 1905 à 1911, Allemagne et France s'opposent à propos du Maroc, qui passe finalement sous protectorat français.

En 1914, l'Empire britannique possède 33 millions de km² et 450 millions d'habitants contre 10 millions de km² et 50 millions d'habitants pour la France.

Dates & chiffres à retenir :

  • 1869 : ouverture du Canal de Suez.
  • 1884/1885 : conférence coloniale de Berlin.

II. Le temps des grands empires

A. Que faire des peuples colonisés ?

La course aux colonies s'achève. Il faut désormais administrer ces nouveaux territoires, ce qui prend du temps. En France, le premier ministère des colonies est créé tardivement, en 1894.

Cette administration fait débat :

  • Faut-il imposer la culture européenne en assimilant ces populations "inférieures" ?
  • Ou faut-il associer les deux cultures et laisser les peuples se gouverner eux-mêmes ?
  • La Grande-Bretagne fait son choix et choisit l'association : les dominions (territoires colonisés) deviennent des États indépendants avec leur propre gouvernement, et des protectorats sont mis en place, régis par des chefs indigènes et des conseillers britanniques.

En France, si la doctrine proclamée est celle de l'assimilation, les faits sont plus compliqués :

  • La Tunisie et le Maroc sont des protectorats dépendants du Ministère des Affaires étrangères.
  • L’Afrique occidentale et équatoriale, l'Indochine et Madagascar sont sous l'administration du Ministère des Colonies.
  • L'Algérie dépend du Ministère de l'Intérieur…

B. Que faire des ressources économiques ?

Pour exploiter les ressources des pays colonisés, il faut construire des infrastructures et développer les voies de communication entre colonies et métropoles (ports, voies ferrées, etc...).

En France, le marché des colonies est essentiel pour l'industrie cotonnière, automobile et minière. Pour protéger ce marché, le Tarif Méline permet d'exporter les produits métropolitains vers les colonies sans droits de douane, tandis que l'importation de marchandises étrangères est taxée.

Les colonies sont des réservoirs de matières premières importantes, comme le caoutchouc en Indonésie hollandaise ou le cacao sur la Gold Coast (l'actuel Ghana). L'exploitation des richesses se fait souvent aux dépens des populations indigènes :

  • Les cultures vivrières qui permettent de nourrir les habitants sont peu valorisées.
  • La spoliation des terres prive les habitants de leurs ressources.
  • Certains colonisateurs ont recours au travail forcé, notamment en Afrique noire.
  • La bourgeoisie indigène s'enrichit, tandis que la paysannerie traditionnelle s'appauvrit.

Dates & chiffres à retenir :

  • 1892 : mise en place du Tarif Méline.

C. Quelle place laisser aux cultures traditionnelles ?

  • Selon les Européens, la colonisation se justifie par sa mission civilisatrice et humaniste : mettre fin aux conflits locaux, développer l'enseignement et la médecine… Les missions catholiques et protestantes sont des agents privilégiés de ce progrès.
  • La baisse de la mortalité provoque une explosion démographique et l'urbanisation se développe très rapidement. Certaines grandes villes d'aujourd'hui ont vu le jour durant cette période (Alger, Casablanca, Abidjan…).

Ces bouleversements rapides fragilisent les cultures indigènes, et les peuples sont déchirés entre les nouveaux modes de pensée apportés par les Européens et leurs croyances traditionnelles. C'est l'acculturation.

III. Le temps de la contestation

A. Les premières oppositions

En Europe, une partie de l'opinion dénonce la colonisation, comme les économistes libéraux qui en soulignent le coût, ou les catholiques et les socialistes qui accusent les colons de cruauté. Ces remous ne remettent cependant pas en cause la supériorité de la civilisation européenne.

Dans les colonies, la résistance s'amplifie :

  • Les mouvements traditionalistes veulent un retour aux civilisations d'origine et une résistance aux colons considérés comme des envahisseurs.
  • Les modernistes, eux, veulent utiliser les armes de la civilisation européenne (comme intégrer les indigènes dans les institutions politiques) pour mieux combattre la grogne des colonies.

B. Les mouvements nationalistes

La Première Guerre mondiale accélère ces mouvements de résistance : comment croire aux valeurs de progrès et de civilisation pronés par les européens après ce sanglant conflit ?

Des mouvements nationalistes s'élèvent et dénoncent l'impérialisme colonial :

  • En Inde, Gandhi appelle au boycott des produits britanniques et réclame le self-government. Les Britanniques donnent finalement une relative autonomie aux provinces indiennes.
  • En Indochine, le Parti Communiste chinois mené par Hô Chi Minh demande également un statut d’État autonome.
  • Au Maroc, Abd el-Krim exhorte les tribus du Rif à se soulever contre la France.
  • En Tunisie, Habib Bourguiba fonde le parti Néo-Destour et provoque une série de grèves et de manifestations réprimées dans le sang.

Dates & chiffres à retenir :

  • 1930 : Gandhi mène la Marche du Sel pour protester contre l'impôt obligatoire sur le sel.
  • 1931 : création du Commonwealth, organisation qui maintient des liens de solidarité entre la Grande-Bretagne et ses anciennes colonies.

C. La lutte contre l'oppression

Certains pays et intellectuels entendent la grogne des colonies

  • Les États-Unis soutiennent ces mouvements de révolte, au nom de la liberté qu'ils ont eux-mêmes acquis sur la domination britannique.
  • Le président américain Wilson, dans son programme de paix en 14 points, affirme le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
  • Les intellectuels comme André Gide ou encore Albert Einstein dénoncent les méfaits de la colonisation, notamment en Afrique noire.
  • L’Internationale communiste appelle les peuples colonisés à lutter pour leur liberté.

L'idée d'une civilisation européenne supérieure n'est plus incontestable : les Européens découvrent l'art nègre et comprennent qu'imposer une civilisation signifie en écraser une autre.

Pourtant, l'idée coloniale est encore profondément ancrée dans les esprits. En France, l'Exposition coloniale de 1931 est un succès. Après la Seconde Guerre mondiale, une majorité de la population française considère toujours que l'empire colonial doit être source de fierté.

Dates & chiffres à retenir :

  • 1914 : Wilson présente son programme de paix en 14 points.
  • 1931 : l'exposition coloniale en France totalise 33 millions d'entrées.

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Publié en : 2012

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I. Le temps des conquêtes L'Europe se lance dans la conquête du reste du monde dès les années 1850, avec pour avantages : Une population très nombreuse. Une forte vitalité économique. Une confiance en sa mission civilisatrice. La Grande-Bretagne e

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