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Terminale L > Histoire > La France de 1945 à nos jours : bilan et mémoires de la Seconde Guerre Mondiale

Bilan et mémoires de la Seconde Guerre mondiale

A l'inverse de la Première Guerre mondiale, qui avait laissé un sentiment de victoire patriotique, la Seconde Guerre ébranle les consciences et multiplie les mémoires qui ne cessent, aujourd'hui encore, de s'affronter.

I. La France et les Français en 1945

A. Une catastrophe humaine

Si les pertes humaines sont moins lourdes que celles de la Première Guerre mondiale, les esprits sont marqués par le fait que cette fois, les civils ont été touchés, et plus seulement les combattants :

  • 180 000 militaires sont morts au combat.
  • 310 000 Français sont morts prisonniers, travailleurs forcés en Allemagne ou déportés.
  • 130 000 civils ont été victimes des bombardements, des massacres et des fusillades.

Il ne reste plus que 40,5 millions d'habitants en France en 1946, soit autant qu'en 1900.

Dates & chiffres à retenir :

  • 180 000 militaires sont morts au combat.
  • 310 000 Français sont morts prisonniers, travailleurs forcés en Allemagne ou déportés.
  • 130 000 civils ont été victimes des bombardements, des massacres et des fusillades.

B. Les pertes économiques

Le bilan économique est plus lourd que lors de la Première Guerre :

  • 74 départements ont été touchés, contre 13 en 14-18.
  • Sur 40 000 km de lignes de chemin de fer, seuls 18 000 fonctionnent encore.
  • L'indice général de production industrielle tombe à 29, contre 100 en 1929.
  • Le catastrophique hiver de 1944-45 atteint les récoltes de blé, et le lait manque cruellement pour nourrir les enfants.

Cette chute de la production provoque des effets insoupsonnés :

  • l'inflation s'accélère : 38 % de hausse des prix en 1945, 60 % en 1947.
  • le marché noir se développe.

Pierre Mendès France, ministre de l'économie nationale du gouvernement provisoire, veut adopter une politique de rigueur pour rétablir la stabilité des finances, mais le général de Gaulle, hostile à cette solution, choisit d’émettre un emprunt pour éponger l’excédent de billets.

Dates & chiffres à retenir :

  • 74 départements ont été touchés par des pertes matérielles, contre 13 en 14-18.
  • Sur 40 000 km de lignes de chemin de fer, seuls 18 000 fonctionnent encore.
  • L'indice général de production industrielle tombe à 29, contre 100 en 1929.

C. Un traumatisme moral

Dès juin 1944, la Libération s'accompagne de l’Épuration : Après avoir dénoncé les juifs et les résistants, les personnes soupçonnées d'avoir soutenu le régime de Vichy et d'avoir collaboré avec le Reich sont dénoncées, écartées de la vie politique et sociale. Les expéditions punitives contres les "collabos" se multiplient, les femmes sont tondues pour avoir couché avec un nazi, les traîtres sont exécutés sans procès, les dénonciations vont bon train :

  • On compte 10 000 exécutions sommaires.
  • 767 exécutions après le verdict d'une cour de justice.

Pour restaurer l'unité nationale et reconstruire le pays, le gouvernement provisoire préfère mettre la période de Vichy entre parenthèses. La population, consciente que la Résistance a été un phénomène mineur, est soulagée de tourner la page et d'en finir avec sa culpabilité.

Il est pourtant difficile de trouver un événement à commémorer avec tous les Français, preuve que les divisions demeurent. Finalement, c'est le 8 mai, date de la capitulation allemande, qui est choisi.

Pour ne pas retarder l'effort de production, la commémoration de l'armistice se fait le exceptionellement le dimanche qui suit. Le 8 mai ne devient férié qu'en 1953.

Preuve que cette date est controversée, de Gaulle supprime le jour férié lors de son retour au pouvoir en 1958. En 1975, Valéry Giscard d'Estaing ne célèbre plus cet anniversaire, pour se réconcilier avec l'Allemagne. C'est en 1981 que François Mitterrand restaurera le 8 mai comme jour férié.

Dates & chiffres à retenir :

1944 : Début de l’Épuration, officielle et officieuse.

II. Les mémoires officielles

A. La mémoire gaulliste

Le général de Gaulle impose une mémoire collective dès la Libération, vantant le courage d'une France unie et résistante aidée par les Forces Françaises libres (FFL) qui se sont battues au côté des alliés.

Le 19 décembre 1964, 20 ans après la Libération, les cendres du résistant Jean Moulin entrent au Panthéon, et les discours définissent la mémoire que les gaullistes choisissent d'imposer : la Résistance, c'est de Gaulle et de Gaulle, c'est la France, donc la Résistance, c'est la France.

Dates & chiffres à retenir :

19 décembre 1964 : Les cendres de Jean Moulin entrent au Panthéon.

B. La mémoire communiste

La Seconde Guerre mondiale est l'heure de gloire du Parti communiste français. Sa légitimité est établie par son rôle dans la résistance intérieure, que le Parti s'efforce de mettre en avant :

  • Il invente le mythe des "75 000 fusillés" communistes, morts en martyrs pour la France, alors que le nombre de fusillés français ne dépasse pas les 51 000.
  • Il "oublie" volontairement le Pacte passé entre l'URSS communiste et le Reich d'Hitler.
  • Il dénonce les élites qui ont collaborées, et encense la résistance des "petits", des "sans-grade".

C. Des mémoires amères

Plusieurs tranches de la population ne peuvent se glorifier de leurs combats :

  • 190 000 soldats sont morts au combat et pourtant, leur image est celle d'une armée vaincue.
  • Les prisonniers de guerre (1 850 000 hommes en 1940) restent et rappellent de la défaite de la France, et sont condamnés à l'oubli.
  • Les déportés des camps sont une accusation vivante lancée à la face du monde, rappelant sans cesse l'indifférence dont ils ont été les victimes. Peu de personnes peuvent encore imaginer la barbarie du génocide, et les plaintes des déportés sont gênantes.

La droite, elle, est déconsidérée entre 1944 et 1945, à cause de l'instauration du régime de Vichy.

En 1947, la droite se relève grâce à la poussée de l'anticommunisme et de la Guerre froide. Elle développe une thèse qui affirme que le maréchal Pétain aurait résisté aux exigences des nazis, tandis que la Résistance aurait été responsable de la guerre civile. Robert Aron écrit, dans "Histoire de Vichy", que Pétain était le "bouclier", protégeant la France depuis l'intérieur, quand De Gaulle était "l'épée".

III. Les nouveaux enjeux de mémoire

A. La mémoire revisitée

La mort du général de Gaulle et l'apparition d'une génération qui n'a pas connu la guerre marque un tournant dans la construction des mémoires du conflit.

Le cinéma joue un rôle majeur dans ce tournant :

  • En 1971, le film "le Chagrin et la Pitié" de Marcel Ophüls démythifie l'idée d'une France unanimement résistante et fait scandale en montrant que certains Français ont choisi en toute connaissance de cause le nazisme.
  • D'autres films comme "Papy fait de la résistance" (1983) ou "l'Affiche rouge" (1976) mettent à nu les failles des Français.
  • "La France de Vichy", par Robert Paxton, révèle que le régime de Vichy a insisté pour que l'Allemagne mette en place une politique de collaboration, et qu'il a énormément participé à la déportation des Juifs.

En 1972, le président Georges Pompidou gracie Paul Touvier, un ancien responsable de la Milice (une organisation militaire qui pourchassait les résistants et les Juifs en collaboration avec les troupes allemandes). Cette grâce, révélée par les médias, fait scandale dans l'opinion publique et réveille de vieilles rancœurs.

Dates & chiffres à retenir :

1972 : Affaire Touvier.

B. La mémoire juive

Contrairement à ce que tout le monde espère, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale ne cesse de resurgir.

  • Les films américains "Holocaust" et "Shoah" rappellent l'horreur du génocide.
  • L'historien Serge Klarsfeld multiplie les preuves de la complicité du régime de Vichy dans la persécution des Juifs, soulignant que le premier statut des Juifs a été promulgué sans que les Allemands le demandent.

C. Une mémoire toujours en question

Les grands procès tentent de juger les responsables du génocide, et leur retentissement dans les médias montre que la mémoire de la guerre est bien présente, tout comme la volonté d'instruire les nouvelles générations :

  • En 1997-98, Maurice Papon, le responsable des affaires juives de 42 à 44, est jugé pour crime contre l'humanité.
  • Klaus Barbie, l'assassin de Jean Moulin et responsable de la déportation d'enfants juifs, est jugé en 1987.
  • Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans les crimes commis par le régime de Vichy.
  • Encore aujourd'hui, les débats sur les idées du Front National rappellent les heures les plus sombres de l'histoire française.

Dates & chiffres à retenir :

  • 1987 : Procès de Klaus Barbie.
  • 16 juillet 1995 : Le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans les crimes commis par le régime de Vichy.
  • 1997-1998 : Procès de Maurice Papon.

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Publié en : 2012

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Niveau facile

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I. La France et les Français en 1945 La France sort de la Seconde Guerre mondiale profondément traumatisée. Les pertes humaines sont élevées (650 000 morts) et, pour la première fois, des civils ont été touchés en grand nombre. Les infrastructur

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