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Autrui

La philosophie s'est beaucoup intéressée à la conscience de soi, au « je », mais ce n'est qu'au 19ème siècle qu'elle commence à se poser la question des relations du sujet avec autrui, du rôle que les autres jouent dans la construction de « je ».

I. Paradoxes des relations humaines

A. Paradoxes de la condition humaine

L'être humain dispose de facultés uniques comme la conscience de soi, la pensée, le langage. Pourtant, il est mal adapté à la nature et pour survivre, il a dû compenser sa faiblesse physique par une domination intellectuelle sur les autres espèces.

Il a donc fallu coopérer avec autrui, qui représente une menace mais aussi une condition pour la survie. Car la solitude absolue est inconcevable :

  • Survivre seul n'est pas possible. Dès la naissance, le nourrisson est dépendant de celle qui le nourrit.
  • Sans relations psychologiques, affectives et morales entre les hommes, la vie ne serait pas possible.

B. Ambivalence des relations humaines

La philosophie s'interroge, au 17ème et 18ème siècle, sur les origines de la vie en société, et ce qu'était l'homme avant cette vie en société, à l' « état de nature » :

  • Hobbes explique que les humains ont tous les mêmes désirs, ce qui les poussent donc à entrer en concurrence et conduit à « une guerre de tous contre tous ». C'est pour fuir cet état que les hommes ont instauré la société, contraints de respecter autrui pour être eux-mêmes respectés.
  • Rousseau, à l'inverse, pense que le premier sentiment de l'homme vers son semblable est la sympathie (la « pitié »). Pour lui, c'est la vie en société qui génère des guerres.
  • Kant parle d' « insociable sociabilité » pour décrire cet état où l'homme a besoin de son prochain pour vivre mais en même temps veut « tout diriger dans son sens ». Pour le philosophe, concilier ces deux faits est le moteur du développement de l'humanité.

A retenir :

La métaphore des porcs-épics d'Arthur Schopenhauer : les êtres humains sont comme des porcs-épics qui se rapprochent pour se tenir chaud, mais qui se piquent entre eux quand ils sont trop près. (Parerga et Paralipomena, 1851).

II. Autrui nécessaire à la construction de soi

A. Le même et l'autre

Toute relation avec l'autre s'appuie sur le même constat : autrui est à la fois mon semblable et différent :

  • Mes sentiments et mes jugements n'ont de sens que si autrui en est le témoin et le garant, ce qui suppose qu'il puisse porter les mêmes jugements et ressentir les mêmes émotions que moi.
  • Mais autrui peut aussi me sembler radicalement étranger, dès lors que je ne comprends plus son comportement.

Cette familiarité et cette étrangeté sont la base des relations humaines : si autrui était un autre moi-même, il n'y aurait pas d’intérêt à le connaître. Pourtant, le fait qu'il soit différent rend compliqué les relations, car je ne peux pas accéder à son intériorité, mais accéder à son esprit critique me pousse à faire progresser mon jugement.

B. Construction de soi avec autrui

Si autrui n'existait pas, je n'aurais conscience de rien: le nourrisson croit que le monde qui l'entoure est un prolongement de lui-même, et le jeune enfant n'apprend à dire « je » que lorsqu'il comprend l'existence des autres.

Cette reconnaissance de l'existence de l'autre est nécessaire à l'existence de ma propre conscience.

Emmanuel Levinas explique que « chaque conscience singulière est en même temps pour soi et pour autrui ».

A retenir :

«  Chaque conscience singulière est en même temps pour soi et pour autrui », Emmanuel Levinas, Dieu, la Mort et le Temps (1975).

III. Intersubjectivité et construction commune de l'humanité

A. Besoin d'autrui

Autrui est donc nécessaire à la construction de soi et du monde. Dès lors, le regard d'autrui prend un grande importance : la conscience morale passe par la conscience que je prête à autrui, et au jugement qu'il porte sur mes actions.

Selon Malebranche, le sentiment d'appartenance à une communauté est nécessaire à l'homme et, selon Hume, la solitude absolue serait pour lui la pire des punitions.

A retenir :

« Tout plaisir devient languissant dès lors qu'on en jouit hors de toute compagnie », David Hume, Traité de la nature humaine (1739).

B. Apprendre à connaître

Mais d'autres philosophes sont moins optimistes, comme l'ethnologue Claude Levi-Strauss qui explique que la reconnaissance d'autrui passe par la connaissance et la compréhension, et qu'un excès de différence engendre le rejet violent.

  • Le racisme est un exemple de ce rejet, fondé sur une méconnaissance de l'autre. La connaissance d'autrui n'est donc pas donnée, elle s'apprend, elle se construit par la communication et le dialogue.
  • Les Grecs appelaient « barbares » tous ceux qui ne parlaient pas leur langue, les reléguant au rang d'animaux. Autrui, c'est l'être capable d'une parole dans laquelle se reconnaît l'homme.
  • Maurice Merleau-Ponty souligne l'importance du langage pour créer une intersubjectivité, c'est à dire de saisir autrui comme une dimension de ma propre conscience.

A retenir :

« Dans l'expérience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun. » Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945).

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Cours écrit en France

Publié en : 2012

Niveau :

Niveau facile

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Autrui est une condition à ma survie, mais également à ma propre connaissance. Reconnaître l'existence des autres est nécessaire pour reconnaître sa propre conscience. L'enfant ne dit « je » que lorsqu'il intègre l'existence des autres. Autrui

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