Terminale L > Philosophie > Le sujet : La perception

La perception

I. Sentir ou ne pas sentir

A. Les sens trompeurs

Très tôt, la philosophie en est venue à douter de la fiabilité de nos sens : le bâton plongé dans l'eau ne semble plus droit, le soleil semble tourner autour de la Terre alors que c'est l'inverse… Le corps et les sensations sont trompeurs.

Pourtant, nous avons tendance à nous fier à nos sens pour décider de ce qui est vrai : « Je le croirai quand je le verrai… »

A retenir :

« Chaque fois qu'elle [l'âme] se sert du corps pour tenter d'examiner quelque chose, il est évident qu'elle est totalement trompée par lui. » Platon, Phédon (420-340 av. JC).

B. Les vecteurs de la réalité

Nos sens, malgré les illusions qu'ils nous causent, sont indispensables à notre expérience de la réalité. Dans la vie quotidienne, ce sont eux qui nous guident pour ne pas nous faire mal (ne pas mettre sa main dans le feu, ne pas marcher au bord d'un précipice…).

Nos sens sont nécessaires pour percevoir, nous représenter le monde, et le comprendre.

C. Qui nous trompe ?

Mais est-ce la sensation qui nous trompe ? En effet, la sensation est neutre, mécanique, elle n'est donc ni vraie ni fausse. C'est l'interprétation qu'en fait notre cerveau qui peut être erronée.

On parle alors de la positivité de la sensation : elle relève d'un mécanisme qui nous échappe. Nous ne pouvons pas décider de ne pas entendre un son, de ne pas voir une chose… La sensation ne peut donc pas être vraie ou fausse, elle est.

II. Percevoir, juger, imaginer

A. Le jugement

C'est donc ce qui déclenche la méfiance envers les sens : ils sont clairs, nets et précis, mais sujets à erreurs et tromperies. Car les sens sont insuffisants, ils doivent nécessairement être analysés par notre intelligence.

Descartes étudie la perception et ses illusions, pour en conclure que s'ils sont nécessaires à notre connaissance du monde, les sens ne doivent jamais exister sans un raisonnement rigoureux pour analyser les informations qu'ils nous livrent.

B. Être perçu, est-ce être ?

Berkeley, dans la suite des analyses de Descartes, pose la thèse de l'immatérialisme : puisque les sens nous trompent parfois, on ne peut donc pas savoir quand leur faire confiance ou quand s'en méfier. Par conséquent, les sens ne sont pas des preuves suffisantes pour justifier de l'existence d'une chose.

Les choses n'existent donc que dans notre esprit. On ne peut assurer avec certitude que les choses existent en dehors de notre perception.

Cette analyse est excessive, mais nous pousse à douter de tout, même des sensations, qui nous paraissent d'habitude les seules choses fiables de notre entourage.

A retenir :

« Il ne faut donc pas se demander si nous percevons vraiment un monde, il faut dire au contraire : le monde est cela que nous percevons. » Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception (1945).

C. La perception est anticipation

Que se passe-t-il quand notre esprit perçoit quelque chose ? Il enregistre, compare, juge et imagine… Bref, il organise la perception. Il n'y a pas sensation pure, mais toujours construction de la part de notre esprit.

Pouvons nous contrôler cette organisation ? Alain dit : « Dans la perception la plus rigoureuse, l'imagination circule toujours. » (Éléments de philosophie, 1941). Par exemple, dans un tableau, notre imagination recrée la perspective automatiquement.

III. Éduquer la perception ?

A. Sensation et perception

Si l'imagination intervient automatiquement dans la sensation, c'est donc que cette dernière n'est pas si immédiate qu'on le pense. Toute perception est organisée et fait appel à l'imagination, au jugement, à l’expérience.

La perception est donc objet d'apprentissage. Les psychologues montrent que le jeune bébé voit mais ne comprend pas ce qui l'entoure. Notre expérience du monde est nourrie de notre mémoire corporelle : nous ne voyons jamais que le cube a six faces, mais nous savons qu'il a six faces.

B. Perception et plaisir

La perception sensible est nécessaire à notre vie quotidienne. Les sens sont donc utiles.

Mais nous pouvons également percevoir le monde pour le simple plaisir de le percevoir : l'art, par exemple, n'est pas utile à notre vie quotidienne, mais nous permet de jouir du monde et de jouer sur les erreurs de la perception.

A retenir :

« Mais ce que je vois et ce que j'entends du monde extérieur, c'est simplement ce que mes sens en extraient pour éclairer ma conduite. » Henri Bergson, Le Rire (1900).

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Cours écrit en France

Publié en : 2012

Niveau :

Niveau facile

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I. La tromperie des sens Très tôt, la philosophie en est venue à douter de la fiabilité de nos sens : le bâton plongé dans l'eau ne semble plus droit, le soleil semble tourner autour de la Terre alors que c'est l'inverse… Le corps et les sensatio

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