Terminale L > Philosophie > Le sujet : Le désir

Le desir

L'homme est un être de désir qui ne se satisfait jamais du présent mais qui tend toujours vers ce qu'il n'a pas. Cet enchaînement sans fin des désirs est la cause, selon Pascal, du malheur humain. Mais le désir n'est-il pas aussi source de joie ?

I. Un être de désir

A. Une faculté vitale

Le désir est une condition essentielle à la vie humaine, car désirer c'est inscrire son existence dans le temps : le désir, c'est la projection dans l'avenir. Spinoza évoque cet aspect très positif du désir comme affirmation de la vie.

Le désir donne sa valeur à l'objet : nous ne désirons pas quelque chose parce qu'elle est bonne, mais c'est parce que nous la désirons que nous la jugeons bonne. Le désir est affaire de représentation.

Mais cette condition d'être désirant est aussi source de malheur. Nos peines viennent des désirs non satisfaits, tout comme nos joies proviennent de la satisfaction de ces désirs.

Le cycle des désirs est sans fin : satisfaits ou non, les désirs donnent naissance à de nouveaux désirs. L'homme est donc condamné à l'éternelle insatisfaction.

B. Ambiguïté du désir

Le désir est donc un objet complexe, qu'il faut apprendre à connaître. Réfléchir sur ses désirs, les réprimer ou leur laisser libre-court, c'est s'interroger sur le sens et la valeur de son existence.

Car l'homme est responsable de son désir : contrairement à l'instinct, qui est incontrôlable (comme l'instinct de survie), le désir est une fabrication de notre part. Désirer, c'est imaginer ce que pourrait être notre vie.

D'où l'ambiguïté du désir : le bonheur qu'il procure vient plus de cette imagination que de la réalisation du désir lui-même. En fait, l'homme désire désirer, et un homme qui ne désirerait rien serait désespéré et n'aurait plus de moteur.

A retenir :

« On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on est heureux qu'avant d'être heureux. » Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la nouvelle Héloïse (1761).

II. Le désir est manque

A. Le désir amoureux

Platon explique le désir amoureux par un mythe : au départ, les hommes étaient collés en couple, avec deux têtes et huit membres, mais un dieu capricieux les sépara. Depuis, chaque homme cherche sa moitié, cet autre qui faisait partie de lui autrefois. Ce mythe montre bien que le désir amoureux est avant tout affaire de manque.

Par là, l'homme admet qu'il ne peut se suffire à lui-même, et demande à l'autre de le compléter. On aime l'autre pour ce qu'il est, mais aussi pour ce qu'on fait de lui.

A retenir :

« Quand donc l'être humain primitif eut été dédoublé par cette coupure, chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s'unir de nouveau à elle. » Platon, Le Banquet (420-340 av. JC).

B. Désir et besoin

Le désir est donc manque de quelque chose, mais pas forcément quelque chose de vital. En cela, le désir est différent du besoin.

La philosophie s'est donc penchée sur nos aspirations, pour les classer et les hiérarchiser. L'épicurisme, par exemple, se penche sur les désirs naturels mais pas nécessaire à la survie, comme l'amitié.

Si l'on s'attache uniquement à satisfaire ces désirs, on atteint l'absence de trouble, ou l'ataraxie. Les autres désirs ne font que nous empêcher d'accéder au bonheur.

Outre l'amour, notre vie est remplie de désirs qui dépassent le strict besoin: l'art, le luxe, le culte des morts, le confort matériel... ne sont pas nécessaires à notre survie, mais constituent la majeure partie de nos désirs.

A retenir :

« Parmi les désirs, certains sont naturels, d'autres sont vains. Parmi les désirs naturels, les uns sont pour le bonheur, d'autres pour le calme du corps, d'autres enfin simplement pour le fait de vivre. » Épicure, Lettre à Mécénée (341-270 av. JC).

III. Désir, raison et volonté

A. Maîtriser ses désirs

Maîtriser ses désirs, c'est la définition de la sagesse. Pourtant, cela ne signifie pas renoncer au désir. Le désir n'est mauvais que lorsqu'il gouverne l'esprit, ce que les Grecs appelaient la démesure (l'hubris), cette soif inextinguible de biens toujours décevants.

Platon décrit l'âme en trois parties :

  • la raison, logos ;
  • le courage, thumos ;
  • le désir, épithumia.

Le courage, que nous appelons plutôt « volonté », permet de réguler les désirs et de savoir lesquels sont valables et lesquels sont nuisibles.

Le stoïcisme place la volonté au dessus de toutes les autres facultés, car c'est elle qui nous permet, en différenciant les bons désirs des mauvais, d'être libres. Par exemple, les désirs irréalisables nous rendent malheureux, et la volonté nous permet de renoncer à ces désirs.

B. Désir et dépassement de soi

Mais cette volonté de maîtriser ses désirs ne doit pas être confondue avec ce que Nietzsche appelle le nihilisme, c'est-à-dire un culte de la privation et du sacrifice pour le sacrifice. Selon lui, la sagesse a longtemps été confondue avec la condamnation de tout désir, alors que renoncer à tout désir est impossible.

Leibniz dit également que l' « inquiétude » de ne pas voir son désir réalisé est le principal moteur qui pousse l'homme à agir. On le voit, le désir pousse l'homme à se dépasser lui-même.

A retenir :

« Attaquer les passions à la racine, c'est attaquer la vie à la racine ». Friedrich Nietzsche, Crépuscule des idoles (1888).

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Publié en : 2012

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Niveau facile

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I. Un être désirant L'être humain est un être désirant, qui se projette toujours dans l'avenir et dans la satisfaction de ses désirs. Le cycle des désirs est sans fin, un désir en appelle un autre, nous vouant donc à être éternellement insatisf

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