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Le langage

Lorsque l'on parle de langage, on englobe généralement tous les systèmes de signes permettant de faire passer un message : le code de la route ou les mathématiques sont donc des langages. Le langage humain est plus complexe : en plus d'être un moyen d'exprimer sa pensée, il est également la condition sine qua non de l'élaboration de cette pensée.

I. Nécessité de la communication

A. De la pensée au langage

La réflexion sur le langage humain se borne souvent à mettre le langage au service de la pensée : les mots véhiculent des idées et l'homme ne s'est mis à parler que lorsqu'il s'est mis à penser à des réalités abstraites, selon Rousseau, et à vouloir les communiquer. (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755.)

A retenir :

« Le langage est donc bien davantage que l'exploitation d'un code commun à l'émetteur et au récepteur ; il suppose la compréhension de l'intention qui préside à l'envoi du message.» Joëlle Proust, Les animaux pensent-ils ? (2003).

B. Communiquer pour survivre

Pourtant, le lien entre pensée et langage est plus complexe que ça : ils sont interdépendants. Hegel est le premier à l'énoncer clairement.

Selon le philosophe, il n'y a pas un intérieur pur (la pensée) et un extérieur (le mot) ; sans la parole, la pensée n'est pas exprimable et n'existe pas.

La psychologie et la linguistique au 20ème siècle vont également dans ce sens, en affirmant la nécessité de communiquer pour survivre et le rôle du langage dans le développement cognitif de l'homme. Les mots ne sont pas seulement des étiquettes reliées à des pensées, mais bien des systèmes complexes de signes psychiques.

A retenir :

  • « Le mot donne, par suite, aux pensées leur être-là le plus digne et le plus vrai. » Friedrich Nietzsche, Encyclopédie des sciences philosophiques (1817).
  • « Pensée et parole s'escomptent l'une l'autre. Elles se substituent continuellement l'une à l'autre. Elles sont relais, stimulus l'une pour l'autre. Toute pensée vient des paroles et y retourne, toute parole est née dans les pensées et finit en elles. » Maurice Merleau-Ponty, Signes (1960).

II. Langage et langue

A/ Signes naturels, signes conventionnels

Une langue est un système de signes sur lesquels les interlocuteurs s'entendent pour leur donner une même signification. Le lien qu'entretient ce signe avec la réalité qu'il désigne est soit naturel, soit conventionnel :

  • Le signe de la fumée indique qu'il y a un feu : la fumée est un indice du feu, leur relation est celle d'une cause à effet.
  • Le rond rouge et sa bande blanche indiquent un sens interdit : c'est un symbole. Il n'y a pas de lien entre le rouge et l'interdiction, le choix de ce symbole est arbitraire.

B/ Les signes linguistiques

Les signes linguistiques ne reposent sur aucun lien avec ce qu'ils désignent – n'en déplaise à Platon, dans son Cratyle, qui cherche à trouver un lien logique entre la sonorité du mot et sa réalité. Cette absence de lien explique la diversité des langues humaines.

Le signe linguistique se décompose en deux parties :

  • Le signifiant : la forme matérielle du mot, composé de lettres à l'écrit et de sons à l'oral.
  • Le signifié : la représentation mentale qui donne son sens au mot (à ne pas confondre avec le référent, c'est-à-dire la réalité à laquelle il renvoie).

Chaque langue est un système avec ses codes et ses règles, qu'il est nécessaire d'apprendre pour pouvoir utiliser cette langue. Ce sont les règles de grammaire et les définitions. Sans ces connaissances, impossible de communiquer dans la langue.

A retenir :

  • « Vous savez bien que les paroles, n'ayant aucune ressemblance avec les choses qu'elles signifient, ne laissent pas de nous les faire concevoir...» René Descartes, Le Monde (1664).
  • « Le signe linguistique est arbitraire [...] nous voulons dire qu'il est immotivé, c'est-à-dire arbitraire par rapport au signifié, avec lequel il n'a aucune attache naturelle dans la réalité. » Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale (1906-1911).

C / Se méfier du langage ?

Le langage est lié à l'élaboration de la pensée, et permet ainsi d'organiser le monde.

Mais pour de nombreux philosophes, le langage est une trahison qui enferme la pensée. Pire, pour Nietzsche, les mots sont trompeurs, car ils peuvent réussir à faire croire à une réalité qui n'existe pas forcément, comme Dieu. (Le crépuscule des idoles, 1888).

Les mots ont un pouvoir performatif, c'est-à-dire qu'ils peuvent agir sur le monde. La parole d'un avocat ou d'un juge peut envoyer un homme en prison.

A retenir :

« Bref, le mot aux contours bien arrêtés, le mot brutal, qui emmagasine ce qu'il y a de stable, de commun et par conséquent d'impersonnel dans les impressions de l'humanité, écrase ou tout au moins recouvre les impressions délicates et fugitives de notre conscience individuelle. » Henri Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience (1889).

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Publié en : 2012

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I. Nécessité de la communication humaine Les mots ne sont pas au service de la pensée ; les deux entités sont interdépendantes et se façonnent l'une l'autre. Hegel est le premier à énoncer cette idée. Selon le philosophe, il n'y a pas un intéri

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