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L'art

Dans toutes les civilisations et de tous temps, on retrouve des formes d'art. Et depuis l’apparition de l'art, la philosophie se pose des questions : qu'est-ce que l'art ? Est-il utile ? Qu'est-ce qui fait un artiste ? Quel lien l'art a-t-il avec le réel ?

I. Art et réalité

A/ Imitation ou révélation ?

Depuis les premières peintures préhistoriques jusqu'au 19ème, l'art s'inspire du réel. Les œuvres d'art sont figuratives, c'est-à-dire que la réalité qui a servi de modèle à l'artiste est reconnaissable.

Platon condamne cet art qui trompe son public, qui n'est qu'une illusion de la réalité. Pour lui, l'art va à l'encontre de la vérité, et il vaut mieux préférer le monde des idées à celui des images.

Mais faire de l'art figuratif ne signifie pas vouloir imiter le réel. Si c'était le cas, précise Hegel, l'art n'aurait aucun intérêt, puisqu'aucune copie, aussi réussie soit-elle, n'est à la hauteur de son modèle. Si l'illusion se rapproche de la perfection, ce n'est qu'une prouesse technique qui ne peut pas être appelée « art », selon le philosophe. Pour lui, l'art n'est pas imitation, mais révélation de ce qui n'est pas immédiatement visible dans la réalité.

A retenir :

  • « Est-ce l'imitation de l'apparence ou de la réalité ? De l'apparence. L'imitation est donc loin du vrai... » Platon (420-340 av-JC), La République.
  • « Du point de vue de la simple imitation, l'art ne pourra jamais rivaliser avec la nature et se donnera l'allure d'un ver de terre rampant derrière un éléphant. » Friedrich Hegel, Cours d'esthétique (1818-1829).

B/ Inventer le réel

L'art est une question de vision : selon le style de l'auteur ou la palette du peintre, une certaine vision du monde apparaît.

Il en va de même pour l'art abstrait : les visages et lieux déstructurés de Picasso, par exemple, donnent à voir un monde différent et réinventent le réel.

L'art ne veut donc pas imiter le réel : bien au contraire, il permet de le mettre à distance. La représentation du monde et son interprétation par les œuvres d'art sont des façons de s'approprier le réel de façon non immédiate. L’œuvre d'art devient la traduction d'une vision du monde.

L'art est donc ambivalent :

  • Il est une distanciation du monde réel : le public sait que le tableau de la Joconde n'est pas vraiment une femme en train de le regarder, et que le drame qui a lieu sur scène n'est en réalité vécu par personne.
  • Mais l'art doit également remporter l'adhésion du public, être vraisemblable : le public doit voir une femme sur le tableau et non une succession de couches de peintures, ou croire à ce drame.

A retenir :

« L'art consiste à inventer et non à copier. [...] L'art doit être libre dans son invention, il doit nous enlever à une réalité trop présente. » Fernand Léger, Fonctions de la peinture (1965).

C/ L'art pour l'art

Beaucoup se sont attachés à montrer que l'art ne vise pas un objectif, qu'il est toujours gratuit et n'existe que pour lui-même.

Pourtant, on peut voir dans l'art la transmission de valeurs et de repères communs. L'art serait un vecteur d'acculturation, un moyen de rassembler une communauté.

A retenir :

« Les œuvres d'art [...] sont les seules choses à n'avoir aucune fonction dans le processus vital de la société [...] Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d'usage : mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités humaines. » Hannah Arendt, La Crise de la culture : sa portée sociale et politique (1968).

II. L'artiste : le travail et le génie

A/ La technique

La création, mot venu du vocabulaire religieux, évoque le processus mystérieux par lequel Dieu crée l'univers ex nihilo, à partir de rien. L'artiste ne part jamais de rien ; il est plus juste alors de parler de « production ».

Un peintre s'entraîne sur des brouillons, un musicien répète ses accords... L'art est fruit d'un travail, mais ne peut pas se réduire à la simple acquisition d'une technique.

B/ Le génie

Car lorsqu'on parle d'art, on évoque également, en plus de cette technique, un talent, quelque chose d'indescriptible qui fait l’œuvre d'art. Cette partie mystérieuse et inexplicable de l'art a de nombreux noms : le don, l'inspiration, le génie... L'art s'éprouve ; il ne se prouve pas. Il suffit de voir notre impuissance à exprimer ce qui nous touche et nous bouleverse dans une œuvre que nous apprécions.

A retenir :

« Il n'y a pas d'école qui puisse provoquer chez un homme le sentiment, ni, encore moins, lui enseigner comment il pourra exprimer ses sentiments de la façon spéciale qui lui est naturelle. Et cependant, c'est dans ces deux choses que réside l'essence de l'art ! » Léon Tolstoï, Qu'est-ce que l'art ? (1898).

III. Œuvres et publics

A/ Pourquoi une œuvre nous touche ?

L'art vient d'une inspiration de l'artiste et s'incarne forcément dans un matériau (visuel, audible...) qui est soumis à un public.

Mais pourquoi une œuvre nous touche-t-elle ? Pour Freud, une œuvre d'art est la manifestation de l'inconscient de l'artiste, qui exprime ses pulsions par la création artistique. Si une œuvre nous séduit, c'est qu'elle renvoie à des aspirations communes à l'ensemble de l'humanité.

Ce qui expliquerait que des œuvres datant de plusieurs siècles nous touchent toujours : par delà l'époque ou la culture dans laquelle elle a été créée, l’œuvre délivrerait un message universel susceptible de traverser le temps.

B/ La contestation de l'art par lui-même

Dans les créations contemporaines, l'art s'interroge lui-même : absence d'objet représenté, jeu de lignes ou création de séries répétitives (les fameuses boîtes de conserves Campbell's d'Andy Warhol) refusant la singularité de l’œuvre, installations éphémères...

La leçon que l'on pourrait tirer de l'art contemporain est que l'art n'est jamais accessible sans effort, et qu'il faut accepter de changer son regard pour pénétrer dans le monde d'une œuvre.

A retenir :

  • « La musique a ceci de commun avec la poésie et l'amour, et même avec le devoir : elle n'est pas faite pour qu'on en parle, elle est faite pour qu'on en fasse ; elle n'est pas faite pour être dite, mais pour être jouée. » Vladimir Jankélévitch, La musique et ineffable (1961).
  • « Ses créations, les œuvres d'art, étaient des satisfactions fantasmatiques de vœux inconscients, tout comme les rêves [...] car elles aussi devaient éviter d'entrer en conflit ouvert avec les puissances du refoulement. Mais à la différence des productions du rêve [...] elles étaient conçues pour que d'autres hommes y participassent, elles pouvaient satisfaire chez ceux-ci les mêmes motions de désirs inconscients. » Sigmund Freud, Sigmund Freud présenté par lui-même (1925).

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Cours écrit en France

Publié en : 2012

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Niveau facile

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I. Le lien entre art et réalité Platon condamne l'art qui trompe son public car il n'est qu'une illusion de la réalité. Pour lui, l'art va à l'encontre de la vérité, et il vaut mieux préférer le monde des idées à celui des images. L'art ne veut

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