Terminale L > Philosophie > La culture : Le travail et la technique

Le travail et la technique

Le travail et la technique sont typiquement humains car seuls les hommes, grâce au langage et à la conscience, peuvent prendre du recul par rapport à la nature qui les entoure et agir dessus à l'aide d'instruments. « Travail » vient du latin « tripalium », instrument de torture, et « technique » du grec « tekhne », les arts au sens global. Le travail renvoie donc à la contrainte, la technique au savoir-faire.

I. Le travail et la technique structurent le monde

A. Le travail, une activité de production

Quand on parle de travail, on évoque un résultat impératif à atteindre.

  • On ne peut abandonner son travail sans l'avoir fini.
  • La qualité de ce travail se mesure à sa réussite pratique, un bon travail est un travail efficace.
  • On attend du travail un effet pratique.

Dans Le Capital, Marx défend la thèse du travail comme caractéristique première de l'être humain : celui qui travaille, c'est-à-dire celui qui produit quelque chose, est un être humain par excellence.

A retenir :

  • « Notre point de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit sa cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. » Karl Marx, Le Capital, 1867.
  • « Ni la main nue ni l'entendement laissé à lui-même n'ont beaucoup de force : l'exécution demande des instruments et des aides dont l'entendement n'a pas moins besoin que la main ». Francis Bacon, Novum Organum, 1620.

B. La technique, une activité culturelle

La technique consiste à dominer et combiner trois éléments :

  • un matériau ou un domaine qu'il s'agit de transformer (pour le menuisier, c'est le bois) ;
  • les instruments permettant cette transformation (les outils du menuisier) ;
  • les compétences, c'est-à-dire le mode d'emploi pour parvenir au but fixé (sa connaissance des différentes sortes de bois et de la manière dont utiliser ses outils).

La technique n'est pas innée, elle nécessite un apprentissage puis un perfectionnement. Plus que le matériau ou les instruments, c'est le savoir-faire qui caractérise la technique.

A retenir :

« Il n'y a pas de technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition. C'est en quoi l'homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses techniques et très probablement par leur transmission orale. » Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, 1936.

C. Produire par le travail et la technique

Peut-on dissocier le travail de la technique ? Travailler, c'est toujours mettre en œuvre des techniques. Et inversement, une technique est toujours le fruit d'un travail pour l'acquérir.

On peut donc réunir le travail et la technique sous la même appellation d'« activités productrices ».

Aujourd'hui, l'éthologie remet en question l'idée que la technique est le propre de l'homme. Beaucoup d'animaux se servent de leur environnement pour arriver à leurs fins, comme le chimpanzé qui utilise une pierre pour casser les aliments à coque. Pourtant, on ne peut pas dire de ces animaux qu'ils travaillent.

II. Les hommes divisés et réunis par le travail et la technique

A. La spécialisation du travail

Utiliser la technique est donc un point commun à tous les hommes. Mais cette utilisation est également source de conflits :

  • Les hommes se stabilisent dans un métier et un emploi, et acquiert un nombre de techniques limité.
  • Cette spécialisation divise le travail :
  • - la spécialisation professionnelle (les différents métiers et savoir-faire) ;
  • - la hiérarchie (les uns conçoivent et commandent, les autres exécutent) ;
  • - la parcellisation (un objet est souvent fabriqué par une multitude de personnes).

B. Origine de la spécialisation

Pour Rousseau, la spécialisation vient de la perfectibilité humaine, c'est-à-dire sa capacité à s'améliorer et à apprendre. Par conséquent, les hommes se sont lancés dans la production d'objets inutiles, à l'origine de l'inégalité entre les hommes.

Pour Marx et Engels, la première division du travail est sexuelle : la différence physique entre les hommes et les femmes incite à une répartition des tâches. Mais le tournant dans l'histoire du travail est la division entre le travail intellectuel et le travail manuel. Cette division instaure la domination du premier travail sur le second, alors que la polyvalence humaine serait plus juste. Une révolution radicale permettrait d'abolir cette division injuste du travail.

Pour Adam Smith, économiste et philosophe britannique du 18ème, la production naîtrait du désir humain d'échanger et pousserait l'homme à produire de quoi pratiquer cet échange. Pour lui, la division du travail est donc plutôt positive, mais il met en garde contre un excès de cette division : dans une usine d'épingles, l'ouvrier qui ne sait faire qu'une seule des vingt opérations nécessaires à la production d'une épingle perd toute compétence.

Pour le sociologue Durkheim, les hommes survivent non pas en s'éliminant les uns les autres, comme le suppose la théorie de la sélection naturelle, mais en se rendant utiles les uns envers les autres. D'où l'importance de répartir les compétences, pour que chacun puisse trouver sa place dans l'ordre social.

A retenir :

« Mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre ; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire [...] » Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755.

III. Travail et technique : humanisant ou pas ?

A. L'homme vu comme un instrument

Pourquoi travaillons-nous ? Pour produire quelque chose d'indispensable à la société, nous l'avons vu.

Le travail est aussi une contrainte sociale, et des millions d'employés n'ont pas choisi leur travail. Le capitalisme a instauré le travail comme valeur suprême : faire son travail, c'est accomplir son devoir, vieux relent de l’éthique protestante, comme le souligne Max Weber. C'est une valeur que nous avons intériorisée, et des slogans tels que « travailler plus pour gagner plus » ou « enrichissez-vous par le travail et par l'épargne » ne nous choquent pas.

Freud aborde la valeur du travail en parlant du malaise de l'homme face à la civilisation : elle seule peut le protéger de la sauvagerie, mais pour cela, il doit renoncer à ses désirs et ses pulsions premiers. Le travail serait donc un compromis pour trouver le bonheur.

Pourtant, est-il juste d'envelopper le travail sous une même appellation ? Peut-on dire qu'un ouvrier sous-payé, harassé de travail, incapable de prendre des initiatives, est heureux dans son travail ? Le culte du travail permet surtout aux puissants de justifier l'exploitation et de maintenir l'ordre social.

A retenir :

  • « Aucune autre technique pour conduire sa vie ne lie aussi solidement l'individu à la réalité que l'accent mis sur le travail, qui l'insère sûrement tout au moins dans un morceau de la réalité, la communauté humaine. » Sigmund Freud, Le malaise dans la culture, 1930.
  • « Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. » Friedrich Nietzsche, Aurore, 1880.

B. Des hommes sans travail ?

Pourrait-on, un jour, arrêter de travailler ? Si la technique prenait peu à peu la place de l'homme, ce dernier pourrait-il se livrer uniquement à des activités stimulantes et créatrices ? Gilbert Simodon le pense, tandis qu'Hannah Arendt pense qu'il est trop tard pour cela : les hommes ne savent plus faire autre chose que travailler, et la disparition du travail serait une privation désastreuse.

Marx imagine l'avenir comme une société où les hommes pourront s'adonner à toutes les tâches qu'ils désirent, sans être enfermés dans une seule compétence. Mais n'est-ce pas alors une « civilisation de loisir » ? Car peut-on appeler « travail » une activité que je pratique ou abandonne selon mon désir ?

Le travail ne disparaîtra sans doute jamais, mais la polyvalence de l'homme peut être retrouvée, grâce aux activités extérieures à ce travail. En effet, les loisirs sont souvent l'acquisition d'une technique de manière désintéressée. L'homme peut donc développer des capacités mises de côté par son travail.

A retenir :

  • « On a déjà honte, aujourd'hui, du repos ; la méditation prolongée provoque presque des remords. [...] Faire n'importe quoi plutôt que rien. » Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, 1882.
  • « Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qu'il leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. » Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, 1958.

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Publié en : 2012

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I. Le travail et la technique structurent le monde La qualité du travail se mesure à sa réussite pratique, un bon travail est un travail efficace. On attend du travail un effet pratique. Le travail est la caractéristique première de l'être humain :

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