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La religion

La religion est un phénomène très ancien et universel : on en a retrouvé des traces dans toutes les sociétés ayant laissé des traces de leur représentation du monde. Peut-on alors définir l'homme comme un « animal religieux » ?

I. Un phénomène culturel diversifié et complexe

A. Qu'est-ce que la religion ?

Étymologiquement, on rattache la religion au mot latin « religare », relier. Un lien, donc, entre les hommes et les dieux, ou entre les hommes entre eux.

On retrouve plusieurs traits communs aux religions, qu'il s'agisse d'animisme (la nature est peuplée d'esprits), de polythéisme (plusieurs dieux existent) ou de monothéisme (un seul dieu existe) :

  • Toutes les religions croient à une réalité autre, le sacré, le divin, le surnaturel, qui serait supérieure à la réalité humaine.
  • Ces croyances prétendent à la vérité sans démonstrations rationnelles ni expérimentations. Ce sont des dogmes, des vérités émanant du divin et transmises aux hommes par la tradition.
  • La religion s'appuie sur un sentiment de crainte et de vénération, où l'homme se sent inférieur à une force mystérieuse.
  • La religion instaure des règles de vie, une morale définissant le bien et le mal, avec des obligations et des interdits.
  • La religion impose une pratique culturelle, avec des cérémonies, des rites, des sacrifices...
  • Ces croyances sont presque toujours transmises par un petit nombre de médiateurs privilégiés (le clergé, le chaman...). Ils détiennent parfois un très grand pouvoir politique.

Tous ces éléments peuvent également se retrouver éparpillés et n'avoir pas de lien avec la religion : la recherche de sens, la distinction entre le bien et le mal se retrouvent également dans l'art ou la politique, par exemple. Le culte de la personnalité est répandu, par exemple dans le domaine sportif ou culturel, et l'homme ressent le besoin de se réunir, lors de fêtes nationales ou d'événements plus intimes, comme les anniversaires. Le besoin de religion est-il alors inhérent à l'homme ?

A retenir :

« Une religion est un système solidaire de croyances et de pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée église, tous ceux qui y adhèrent. » Emile Durkheim, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912.

B. L'évolution contemporaine de la religion

On observe la montée des intégrismes religieux, hostiles à la rationalité scientifique et à la démocratie, qui interdisent que la religion soit une affaire privée. La religion devient donc une ressource pour affirmer son identité.

En parallèle, dans les sociétés occidentales, on observe un déclin des religions et une montée de l'athéisme. La religion devient affaire privée, relevant d'un choix personnel, et est valorisée dans sa dimension affective et individuelle.

La religion est donc au carrefour de la dimension privée et de la dimension publique. La philosophie a toujours entretenu des rapports ambigus avec elle.

II. Religion et philosophie, raison et foi

A. Un conflit originel

Dès sa naissance, dans l'Antiquité grecque, la philosophie a pour but avoué d'établir une pensée rationnelle, sans faire intervenir la notion de divin. La religion était à cette époque une obligation sociale pour le citoyen, et les procès des philosophes pour impiété furent nombreux. Socrate érige le doute rationnel en méthode d'examen philosophique, et refuse de croire aveuglément. Il sera condamné à mort.

Mais foi et raison ne sont pas toujours incompatibles : pour Thomas d'Aquin et Averroès, l'usage de la raison peut conduire à démontrer l'existence de Dieu.

Peu à peu, la raison s'émancipe de la tutelle religieuse : le procès de Galilée, qui affirme que la Terre tourne autour du soleil alors que la Bible affirme le contraire, est un moment clé de ce renversement entre foi et raison.

B. Critique philosophique de l'irrationalité religieuse

La philosophie n'a jamais cherché à détruire la religion, mais à établir les bases d'une coexistence pacifique.

  • Les philosophes du 17 et 18ème veulent mettre à bas les superstitions et les abus de pouvoir des religieux, pour établir une religion compatible avec la raison.
  • Spinoza affirme que la religion superstitieuse est « l'asile de l'ignorance », et qu'une lecture historique des textes sacrés peut mettre fin aux abus.
  • Pour Rousseau, les enfants n'ont pas la maturité critique pour raisonner, et sont donc plus sensibles à la superstition. Il faut donc retarder au maximum l'éducation religieuse, et se limiter à l'enseignement de la morale.
  • Kant tient également à contenir « la religion dans les limites de la simple raison » (1793), en l'épurant de toute superstition et irrationalité.

A retenir :

  • « Le spectacle de ce que furent les religions, et de ce que certaines sont encore, est bien humiliant pour l'intelligence humaine. [...] L'homo sapiens, seul être doué de raison, est le seul aussi qui puisse suspendre son existence à des choses déraisonnables. » Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, 1932.
  • « La religion sans la conscience morale n'est qu'un culte superstitieux. » Emmanuel Kant, Réflexions sur l'éducation, 1776.

C. La rationalité de l'irrationalité religieuse

A l'inverse des philosophes des Lumières, Alain ou encore Hegel interprètent rationnellement l'irrationalité religieuse. Pour Alain, la religion n'est qu'une étape dans le développement de la raison humaine, et n'est qu'une expression métaphorique des vérités que la philosophie étudie. La foi, contrairement au fanatisme, nécessite du courage pour croire sans preuves.

A retenir :

« Il y a des choses qu'il faut bien accepter sans les comprendre ; en ce sens, nul ne vit sans religion. L'Univers est un fait ; il faut ici que la Raison s'incline ; il faut qu'elle se résigne à dormir avant d'avoir compté les étoiles. » Emile Chartier, dit Alain, Propos, 1908.

III. L'avenir de la religion

A. Une soumission de la religion à la pensée ?

Cette rationalisation de la religion par la raison est critiquée comme un affaiblissement de la religion, une soumission à la pensée. Pascal, par exemple, critique Descartes et son dieu froid, abstrait, réduit à un simple concept philosophique, sans chaleur ni sensibilité.

Bergson valorise quant à lui le mysticisme et l'exaltation, qui sont pour lui l'essence même de la religion et qui empêchent cette dernière de se figer dans une norme dogmatique.

B. Critique athée

Marx, Nietzsche et Freud arrivent, avec des perspectives différentes, à une même conclusion : la religion est une illusion qui aliène l'homme, une drogue qui annihile sa liberté.

La religion est-elle donc une erreur sur le chemin de la vérité, et faut-il atteindre « la mort de Dieu » prônée par Nietzsche ? Ou au contraire, doit-on retrouver le religieux qui manque à nos sociétés ?

A retenir :

« La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. » Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843.

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Cours écrit en France

Publié en : 2012

Niveau :

Niveau facile

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