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L'histoire

Le mot « histoire » désigne à la fois l'évolution de l'humanité, mais également la connaissance que nous avons de cette évolution. Le mot grec historia désigne une enquête, car l'histoire n'est pas donnée, c'est une construction humaine, et l'homme vit son existence en fonction de cette construction.

I. La connaissance historique

A. La science de l'histoire

L'idéal de l'histoire serait de connaître les choses telles qu'elles se sont passées réellement. Cet idéal se développe au 19ème siècle, et donne lieu à un positivisme historique : se méfier de toute interprétation, ne s'attacher qu'aux faits – une date, un lieu, un événement.

Cette vision de l'histoire est presque scientifique :

  • On recherche un discours objectif, sans analyse.
  • Les faits sont croisés
  • les sources sont analysées grâce à la chimie (le carbone 14 permet de dater précisément les documents) ou la linguistique.

B. Une histoire, des histoires

Mais cette vision est remise en question dès l'entre-deux guerres par une nouvelle génération d'historiens qui fonde l'école des Annales, du nom de la revue fondée en 1929 par Lucien Febvre et Marc Bloch. Cette école reproche au positivisme historique de simplifier l'histoire, de ne s'arrêter qu'aux faits marquants, alors que l'histoire est plurielle, qu'il y a la grande mais aussi les petites histoires.

Fernand Braudel, successeur de Lucien Febvre, met en évidence l'existence d'un temps long (les cycles économiques, par exemple) et de temps courts (les événements politiques). Il n'y a pas d'histoire globale, mais bien des histoires multiples.

A retenir :

Fernand Braudel, Écrits sur l'histoire, 1969.

C. Comment faire de l'histoire ?

Pourtant, l'école des Annales ne renonce pas à faire de l'histoire une science, tout en réalisant que l'étude des événements humains, contrairement à la chimie et la physique, ne repose sur aucune loi. On ne peut pas prévoir ce qui va se passer, il n'y a jamais de rapport de cause à effet automatique, on ne peut pas faire de prédiction en histoire.

Le philosophe Paul Ricoeur établit donc un compromis dans l'attitude de l'historien :

  • Ce dernier doit avoir un « moi de recherche », dénué de préjugés et d'intention, et doit être le plus objectif possible dans les outils qu'il utilise et les problématiques qu'il aborde.
  • Le moi des passions individuelles, qui est présent en tout homme, doit être mis de côté dans la recherche historique.
  • On parle alors d'une science herméneutique, c'est-à-dire une science de l'interprétation des conduites humaines.

A retenir :

  • « Sans doute cette vérité de la connaissance historique est-elle un idéal, dont, plus progressera notre analyse, plus il apparaîtra qu'il n'est pas facile à atteindre : l'histoire du moins doit être le résultat de l'effort le plus rigoureux, le plus systématique pour s'en rapprocher. » Henri-Irénée de Marrou, De la connaissance historique, 1954.
  • « L'histoire fait l'historien autant que l'historien fait l'histoire. » Paul Ricoeur, Histoire et Vérité, 1955.
  • « Les événements ne sont pas des choses, des objets consistants, des substances ; ils sont un découpage que nous opérons librement dans la réalité. » Paul Veyne, Comment on écrit l'histoire, 1971.

II. Histoire et mémoire

A. Le passé donneur de leçon

L'histoire est passée, et l'être humain n'a plus aucune emprise sur elle. Alors pourquoi s'y intéresser ? Parce que l'histoire nous apprend des choses :

  • Elle nous donne des leçons de morale, en nous montrant la conduite de grands hommes.
  • Elle donne des leçons politiques, comme le souligne Machiavel dans Le Prince : un dirigeant doit connaître les actions des chefs du passé pour savoir comment conserver son pouvoir.

L'histoire est le miroir de l'humanité :

  • Elle montre ce qu'est l'homme, dans toute son horreur (les guerres, les massacres...)
  • Mais également dans sa grandeur et sa vertu.
  • Elle permet alors à l'homme de se construire une image de l'humanité.

A retenir :

Nicolas Machiavel, Le Prince, 1513.

B. L'homme, produit de l'histoire

De plus, il faut s'intéresser à l'histoire car les hommes en sont le produit :

  • Hannah Arendt rappelle que les hommes naissent toujours dans un monde plus vieux qu'eux. (La Crise de la culture, 1968) : L'homme intègre la dimension du temps dans la représentation qu'il a de lui-même.
  • Hans Jonas explique que l'homme a donc une responsabilité vis-à-vis des hommes du futur, ainsi que ceux du passé. Il faut garder la mémoire du passé pour mieux comprendre ce que nous sommes.

L'oubli du passé, c'est donc l'oubli de soi-même. Nietzsche pensait qu'oublier l'histoire serait une force, mais ce serait plutôt une faute. On parle donc de « devoir de mémoire », surtout lors d'épisodes particulièrement sombres de l'histoire, comme le génocide des Juifs.

A retenir :

« [...] il est toujours une chose par laquelle le bonheur devient le bonheur : la faculté d'oublier ou bien, en termes plus savants, la faculté de sentir les choses, aussi longtemps que dure le bonheur, en dehors de toute perspective historique. [...] Il est donc possible de vivre, et même de vivre heureux, presque sans aucune mémoire [...] mais il est absolument impossible de vivre sans oubli. » Friedrich Nietzsche, Considérations inactuelles, 1874.

C. Le devoir de mémoire

Le révisionnisme, c'est-à-dire la réécriture du passé, est moralement condamnable : on ne peut changer ce qui a eu lieu. Si notre responsabilité envers l'avenir vient du fait que nous pouvons changer les choses, notre responsabilité envers le passé vient au contraire du fait qu'on ne peut le changer, et il faut donc rester honnête et ne pas faire dire n'importe quoi à l'histoire (les régimes totalitaires ont toujours réécrit le passé et falsifié des documents historiques).

Mais ce devoir de mémoire ne va pas sans poser quelques questions : ne parle-t-on pas de « devoir de mémoire » du génocide juif seulement parce que les événements ont encore un écho dans notre société, et que certains protagonistes sont toujours en vie ? Pourra-t-on toujours parler de « devoir » dans 500 ans ? Devrait-on parler de « devoir de mémoire » pour le massacre de la Saint-Barthélémy, par exemple ?

C'est pourquoi il faut souligner que mémoire et histoire diffèrent :

  • L'histoire, c'est-à-dire la construction du passé, vient justement quand nous n'en avons plus le souvenir. Elle est froide, mise à distance.
  • La mémoire, en revanche, est affective et vive. Historiquement, elle est peu fiable, car trop émotionnelle.

A retenir :

«  La mémoire est toujours suspecte à l'histoire, dont la mission vraie est de la détruire et de la refouler. » Pierre Nora, Les lieux de mémoire, 1984.

III. Les philosophies de l'histoire

A. L'histoire a-t-elle un sens ?

La connaissance du passé nous permet de maîtriser l'avenir : cette idée suppose une évolution historique régie par des lois, et c'est ce qu'ont tenté d'expliquer les philosophes du 19ème. Hegel, Comte, Marx... tous parlent d'un sens de l'histoire :

  • un sens, synonyme d' « intelligibilité » ;
  • un sens, c'est-à-dire une direction définie.
  • Au milieu des guerres, des massacres et des horreurs humaines, ces philosophes de l'histoire tentent de trouver une explication cachée, une « raison dans l'histoire » (Hegel, La Raison dans l'histoire, 1830).

Mais cette philosophie connaît de nombreuses critiques : n'est-ce pas une version laïque de la religion, avec l'idée de Providence ? N'est-ce pas une confiance aveugle dans le Progrès, alors que les catastrophes du 20ème siècle prouvent que la technologie peut-être néfaste (la bombe nucléaire...) ?

A retenir :

  • « Quand cet historien considérera notre présent à nous, il y cherchera surtout l'explication de son présent à lui, et plus particulièrement de ce que son présent contiendra de nouveauté. » Henri Bergson, La Pensée et le Mouvant, 1934.
  • « Les hommes font notamment entrer en conflit leurs buts particuliers avec le droit général ; ils agissent librement. Mais la base générale, l'élément substantiel, le droit n'en est pas pour autant troublé [...] Cependant, ce qui est actif est toujours individuel. [...] L'universel ne peut se réaliser que par le truchement du particulier. » Friedrich Hegel, La Raison dans l'histoire, 1830.

B. Agir dans l'histoire

Surtout, cette idée d'un sens irrémédiable de l'histoire pose la question de la capacité de l'homme à agir dans cette histoire. Si tout est défini à l'avance, quelle marge de manœuvre nous reste-t-il ? Cette idée d'un déterminisme historique fait des actions de l'homme des instruments de la raison historique, ce qu'Hegel nomme une « ruse de la raison ».

Quelle responsabilité reste-t-il alors à l'homme ? La traite des Noirs ou Auschwitz étaient-ils l'instrument de la raison historique ?

Kant parle plutôt d'une finalité morale de l'histoire. L'histoire serait une éducatrice, poussant l'homme à s'améliorer sans cesse, sans lui ôter sa liberté et donc sa responsabilité à l'égard de cette amélioration.

A retenir :

Emmanuel Kant, Théorie et Pratique, 1793.

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Cours écrit en France

Publié en : 2012

Niveau :

Niveau facile

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I. La connaissance historique L'idéal de l'histoire serait de connaître les choses telles qu'elles se sont passées réellement. Cet idéal se développe au 19ème siècle, et donne lieu à un positivisme historique : se méfier de toute interprétatio

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