Terminale L > Philosophie > La raison et le réel : Théorie et expérience

Théorie et expérience

I. L'expérience valide-t-elle la théorie ?

A. La théorie, une "vue de l'esprit"

Le mot grec « theôria » signifie « contemplation, vue de l'esprit ». Aujourd'hui, lorsque l'on dit d'une chose qu'elle est trop théorique, on l'accuse d'être trop éloignée du réel, de ne renvoyer à rien de concret. Bref, de ne pas être fondée sur une expérience.

Par exemple, les théories scientifiques sont validées par des expériences. La théorie se veut l'explication de certains phénomènes ; pour que la théorie soit considérée comme juste, il faut que ces phénomènes lui correspondent.

On peut donc dire que l'expérience est le juge de la théorie.

B. Que veut dire « expérience » ?

Le mot « expérience » a plusieurs sens :

  • Généralement, l'expérience est la somme des connaissances et des savoir-faire que nous engendrons au fil de notre vie. On dit de quelqu'un qu'il a de l'expérience, qu'il est expérimenté.
  • En philosophie, l'expérience est aussi les informations que nous donnent nos sens. Par exemple, le sens de la vue permet d'avoir l'expérience des couleurs.
  • En science, on ne parle pas d' « avoir » une expérience, mais de « faire » une expérience, c'est-à-dire de valider ou d'infirmer une hypothèse ou une croyance. On parle aussi d'expérimentation.

Si ces trois sens ne doivent pas être confondus, ils nous livrent néanmoins une conclusion : c'est par l'expérience que nous validons ou non nos « vues de l'esprit ».

C. Critique de l'expérience

Mais cette subordination de la théorie à l'expérience ne va pas de soi. Beaucoup de philosophes, et ce depuis l'Antiquité, ont remarqué que les sens sont trompeurs, qu'ils peuvent mener à des illusions. Certains déclarent même que l'expérience est un obstacle à la connaissance, puisque nos sens ne sont pas fiables.

Pour le philosophe Gaston Bachelard, l'expérience est subjective, et ne valide en rien une théorie. Il faut dépasser l'expérience pour arriver à l'objectivité.

A retenir :

Platon et l'allégorie de la caverne, dans La République (420-340 av. JC) : Dans une caverne, des prisonniers sont enchaînés de telle sorte qu'ils ne peuvent pas tourner la tête. Devant eux sont projetées des ombres. Comme ils ne peuvent pas voir la lumière ni l'extérieur de la caverne, les prisonniers sont persuadés que ces ombres sont la réalité. Ces prisonniers nous ressemblent, dit Platon, car ils ne suivent que leurs sens. Mais si on les libère, ils verront les vérités intelligibles, c'est-à-dire détachées de l'expérience.

II. L'empirisme en débat

A. Expérience signifie-t-elle connaissance ?

L'empirisme vise à montrer que l'expérience est le fondement de toute connaissance. Pour les philosophes de ce mouvement, comme Locke, Hume ou Condillac, l'expérience sensible est à l'origine de toutes nos idées. Par exemple, nous n'avons jamais vu de montagne d'or, mais nous avons vu une montagne et de l'or. En combinant ces deux idées, nous pouvons imaginer une montagne d'or.

Par conséquent, une idée qui ne renverrait à aucune expérience sensible serait vide de sens.

A retenir :

« Les observations que nous faisons sur les objets extérieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme [...] fournissent à notre esprit les matériaux de toutes les pensées. »John Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain (1690).

B. L'objection de Kant

Leibniz, puis Kant par la suite, objectent à l'empirisme cet argument : l'intelligence conçoit d'abord grâce aux sens, mais comment se conçoit-elle elle même ? Les sens sont donc la matière de notre connaissance, mais l'expérience ne rend pas compte de la force pensante qui organise cette matière.

Par exemple, Kant évoque le principe de causalité : l'expérience ne nous apprend pas le lien nécessaire entre une cause et son effet ; tout au plus nous permet-elle de savoir que les choses se sont toujours passées ainsi. C'est notre esprit qui en déduit la causalité : il a donc une activité indépendante de toute expérience.

A retenir :

Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, 1781.

III. La méthode expérimentale

A. La science

La science doit sans cesse gérer son rapport avec l'expérience et la théorie.

  • Si on prend le point de vue de l'empirisme, les théories scientifiques ne sont que des synthèses de faits observables, de simples descriptions du monde : C'est oublier que les théories scientifiques visent également à expliquer le monde : Darwin a avancé le concept d'évolution des espèces en partant de certaines observations, mais il n'a jamais vu une espèce évoluer. Son esprit a simplement déduit cette théorie à partir de ses observations. C'est une construction de son esprit.
  • On peut aussi dire que l'expérience est trompeuse : Ptolémée, astronome grec du IIème siècle, s'est appuyé sur les mêmes expériences que Copernic pour affirmer que le Soleil tournait autour de la Terre. Une même expérience débouche donc sur deux théories opposées.

B. Le besoin d'empirisme

On l'a vu, l'expérience peut être trompeuse, et elle n'est pas à la base de nos idées. Pourtant, elle est nécessaire à la validation des théories scientifiques. Une théorie qui n'est pas vérifiable par l'expérience n'est pas une théorie scientifique.

Karl Popper rappelle pourtant que l'expérimentation n'est pas toute-puissante, car la théorie est générale, et l'expérimentation est un fait particulier : une expérimentation qui va à l'encontre d'une théorie prouve que cette dernière est fausse. En revanche, si elle va dans le sens de la théorie, elle ne prouve pas qu'elle est vraie, car rien n'indique que la prochaine expérience ne démentira pas cette théorie. Une théorie scientifique n'est jamais vérifiée : elle est seulement confirmée jusqu'à preuve du contraire. Néanmoins, on peut accepter cette théorie, même si elle est provisoire.

L'expérience est donc le meilleur moyen de se rapprocher de l'objectivité, même si elle n'est pas infaillible.

A retenir :

Karl Popper, Conjectures et réfutations, 1953.

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Publié en : 2012

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I. Expérience et théorie Le mot « expérience » a plusieurs sens : Généralement, l'expérience est la somme des connaissances et des savoir-faire que nous engendrons au fil de notre vie. On dit de quelqu'un qu'il a de l'expérience, qu'il est exp

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