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Le travail et la technique : fiche de révision

I. Le travail et la technique structurent le monde

La qualité du travail se mesure à sa réussite pratique, un bon travail est un travail efficace. On attend du travail un effet pratique. Le travail est la caractéristique première de l'être humain : celui qui travaille, c'est-à-dire celui qui produit quelque chose, est un être humain par excellence.

La technique consiste à dominer et combiner trois éléments :

  • un matériau ou un domaine qu'il s'agit de transformer (pour le menuisier, c'est le bois) ;
  • les instruments permettant cette transformation (les outils du menuisier) ;
  • les compétences, c'est-à-dire le mode d'emploi pour parvenir au but fixé (sa connaissance des différentes sortes de bois et de la manière dont utiliser ses outils).

La technique n'est pas innée, elle nécessite un apprentissage puis un perfectionnement. Plus que le matériau ou les instruments, c'est le savoir-faire qui caractérise la technique.

A retenir :

  • « Il n'y a pas de technique et pas de transmission, s'il n'y a pas de tradition. C'est en quoi l'homme se distingue avant tout des animaux : par la transmission de ses techniques et très probablement par leur transmission orale. » Marcel Mauss, Sociologie et Anthropologie, 1936.
  • « Notre point de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit sa cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. » Karl Marx, Le Capital, 1867.

II. Les hommes divisés et réunis par le travail et la technique

Utiliser la technique est donc un point commun à tous les hommes. Mais les hommes se stabilisent dans un métier et un emploi, et acquièrent un nombre de techniques limité. Cette spécialisation divise le travail :

  • la spécialisation professionnelle (les différents métiers et savoir-faire) ;
  • la hiérarchie (les uns conçoivent et commandent, les autres exécutent) ;
  • et la parcellisation (un objet est toujours fabriqué par une multitude de personnes).

Plusieurs philosophes se sont attachés à étudier l'origine de cette spécialisation et ses conséquences sur l'humain :

  • Pour Rousseau, la spécialisation vient de la perfectibilité humaine, c'est-à-dire sa capacité à s'améliorer et à apprendre. Par conséquent, les hommes se sont lancés dans la production d'objets inutiles, à l'origine de l'inégalité entre les hommes.
  • Pour Marx et Engels, le tournant dans l'histoire du travail est la division entre le travail intellectuel et le travail manuel. Cette division instaure la domination du premier travail sur le second, alors que la polyvalence humaine serait plus juste.
  • Pour Adam Smith,la production naîtrait du désir humain d'échanger et pousserait l'homme à produire de quoi pratiquer cet échange. Pour lui, la division du travail est donc plutôt positive.
  • Pour le sociologue Durkheim, les hommes survivent non pas en s'éliminant les uns les autres, comme le suppose la théorie de la sélection naturelle, mais en se rendant utiles les uns envers les autres. D'où l'importance de répartir les compétences, pour que chacun puisse trouver sa place dans l'ordre social.

A retenir :

« Mais dès l'instant qu'un homme eut besoin du secours d'un autre ; dès qu'on s'aperçut qu'il était utile à un seul d'avoir des provisions pour deux, l'égalité disparut, la propriété s'introduisit, le travail devint nécessaire [...] » Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755.

III. Travail et technique : humanisant ou pas ?

  • Le capitalisme a instauré le travail comme valeur suprême : faire son travail, c'est accomplir son devoir, vieux relent de l’éthique protestante, comme le souligne Max Weber. C'est une valeur que nous avons intériorisée, et des slogans tels que « travailler plus pour gagner plus » ou « enrichissez-vous par le travail et par l'épargne » ne nous choquent pas.
  • Freud aborde la valeur du travail en parlant du malaise de l'homme face à la civilisation : elle seule peut le protéger de la sauvagerie, mais pour cela, il doit renoncer à ses désirs et ses pulsions premiers. Le travail serait donc un compromis pour trouver le bonheur.
  • Pourtant, est-il juste d'envelopper le travail sous une même appellation ? Peut-on dire qu'un ouvrier sous-payé, harassé de travail, incapable de prendre des initiatives, est heureux dans son travail ? Le culte du travail permet surtout aux puissants de justifier l'exploitation et de maintenir l'ordre social.

Pourrait-on, un jour, arrêter de travailler ? Si la technique prenait peu à peu la place de l'homme, ce dernier pourrait-il se livrer uniquement à des activités stimulantes et créatrices ? Gilbert Simodon le pense, tandis qu'Hannah Arendt pense qu'il est trop tard pour cela : les hommes ne savent plus faire autre chose que travailler, et la disparition du travail serait une privation désastreuse.

Le travail ne disparaîtra sans doute jamais, mais la polyvalence de l'homme peut être retrouvée, grâce aux activités extérieures à ce travail. En effet, les loisirs sont souvent l'acquisition d'une technique de manière désintéressée. L'homme peut donc développer des capacités mises de côté par son travail.

A retenir :

  • « Aucune autre technique pour conduire sa vie ne lie aussi solidement l'individu à la réalité que l'accent mis sur le travail, qui l'insère sûrement tout au moins dans un morceau de la réalité, la communauté humaine. » Sigmund Freud, Le malaise dans la culture, 1930.
  • « Au fond, on sent aujourd'hui, à la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. » Friedrich Nietzsche, Aurore, 1880.
  • « On a déjà honte, aujourd'hui, du repos ; la méditation prolongée provoque presque des remords. [...] Faire n'importe quoi plutôt que rien. » Friedrich Nietzsche, Le Gai savoir, 1882.
  • « Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est-à-dire privés de la seule activité qu'il leur reste. On ne peut rien imaginer de pire. » Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, 1958.

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Publiée en : 2012

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